Photographe atypique à l’objectif affûté, le Neuvevillois André Weber fait halte à la Maison du Plateau pour y exposer quelques-uns de ces plus beaux clichés.
Une rencontre authentique, à l’orée d’un bois ou entre les brumes automnales qui habillent la campagne de poésie et de douceur.
A découvrir dès le 7 mars -3 mai 2026
Vernissage le 7 mars de 10h-12h
à apprécier sans modération.
Il y a cette scène qui dit presque tout d’André Weber. Une promenade en forêt. Rien de spectaculaire. De la lumière entre les arbres, un silence tranquille. Et puis un homme, croisé au détour d’un sentier. Un visage très expressif, habité, comme sculpté par la vie. André le remarque immédiatement. Il n’est pas du genre à aborder les inconnus : il est plutôt de ceux qui observent, qui se retiennent, qui laissent passer. Il hésite, continue quelques mètres, puis s’arrête. Quelque chose insiste. Il fait demi-tour, s’approche, cherche ses mots, s’excuse presque : « Je me permets… est-ce que je pourrais vous tirer le portrait ? »
L’homme accepte. Simplement. Ils s’assoient. Ils parlent. De leur vie, du temps qui passe, des chemins parcourus. L’appareil est là, mais il ne prend pas de place entre eux deux. André photographie comme il regarde : sans brusquer, sans lui voler un peu de sa personnalité. Il n’a pas besoin de grandes phrases pour mettre quelqu’un à l’aise ; sa présence suffit. Quand il déclenche, on comprend que la photo n’est pas une « capture », mais une forme de confiance. Plus tard, il envoie quelques images. La réponse arrive sous forme de lettre, longue, émue, pleine de reconnaissance. Ce courrier, il le garde comme on garde une preuve que l’image a touché juste : pas parce qu’elle flatte, mais parce qu’elle révèle.

.
Cette manière d’être traverse tout son travail. André Weber ne chasse pas des images, il cherche des instants vrais. Il peut passer des heures sur une trace, revenir au même endroit encore et encore, accepter de rentrer sans rien. Ce n’est pas une coquetterie d’artiste : c’est sa façon de respecter ce qu’il photographie. Quand il suit les animaux, il parle de leurs habitudes, de leur rythme, de la nécessité de « savoir entrer chez eux ». Il observe les chevreuils, apprend les passages, comprend ce qui les inquiète, ce qui les rassure. Il se fond dans le paysage. Pas pour se rendre invisible au sens spectaculaire, mais pour ne pas être un obstacle. Pour que le vivant reste vivant.
.
Ses photos portent cette patience. Une fleur fragile surgit d’un sous-bois sombre, et l’on sent qu’elle n’a pas été « mise en scène » : elle a été trouvée, au bon moment, dans la bonne lumière. Un renard fixe l’objectif, net, présent, sans que l’on sache s’il va fuir ou rester. La brume, elle, est l’une de ses matières favorites : elle ne masque pas, elle raconte. Elle adoucit les contours, ouvre des formes, relie la terre au ciel. Dans ces images, le réel garde son exactitude, mais il gagne une profondeur presque mystique — ce surplus – ce surplus que tu décris très justement — sans jamais basculer dans l’artifice.
La photo de la pleine lune derrière l’émetteur de Chasseral résume aussi cette rigueur. Trois ans d’attente. Une douzaine de pleines lunes par an, mais presque chaque fois un obstacle : un nuage mal placé, un voile trop dense, un axe qui n’est pas exactement celui qu’il faut. À l’époque où l’on peut tout fabriquer, tout assembler, tout « améliorer », André Weber choisit l’inverse. Il se refuse à l’intelligence artificielle pour produire ce que le ciel n’a pas donné. Il pourrait, bien sûr. Mais ce serait trahir ce qu’il cherche : la vérité d’un instant. L’authenticité du moment. Ce matin où l’astre se cale enfin derrière la tour, immense, posé dans un bleu spectaculaire, l’image n’impressionne pas seulement par sa beauté. Elle impressionne parce qu’elle a demandé de la fidélité : à un projet, à un lieu, à une manière de faire.
André Weber ne se met jamais en avant. Il préfère disparaître derrière ce qu’il photographie. Il ne parle pas de « performance », il parle de sentiment : retrouver, dans l’image finale, ce qu’il a ressenti au moment du déclenchement. Comme si la photographie avait pour mission de sauver quelque chose qui, sinon, s’évanouirait — un frisson, une présence, une paix. Il y a là une idée simple, presque dérangeante : le bonheur est souvent devant nous, mais on ne le voit plus. On s’habitue, on passe, on devient aveugle. Ses images, elles, obligent à ralentir. À regarder vraiment.
Dans un monde saturé d’instantané, de retouche et d’images fabriquées, sa démarche prend une tonalité presque résistante. Il choisit la lenteur. Il accepte l’échec. Il revient. Et lorsqu’enfin quelque chose s’accorde — un regard, une lumière, une lune — ses photographies ne crient pas victoire. Elles murmurent. Elles rappellent que la beauté existe encore, qu’elle n’a pas besoin d’être inventée, seulement rencontrée. Et qu’un photographe, parfois, n’a pas d’autre rôle que celui-ci : ouvrir une fenêtre, puis s’effacer.
La photographie ne consiste pas seulement à capturer le temps réel en temps intemporel, c’est aussi une manière de communication universelle qui peut être comprise par tous, indépendamment du langage ou d’origine. Une manière de montrer l’âme des choses.
Céline


